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Gatien Aujay, La Centrale / Caradisiac : Paroles de SEO

Paroles de seo est une série d’interviews de référenceurs de tous horizons. aujourd’hui, je reçois gatien aujay, en charge du seo de la centrale et caradisiac


 

Bonjour Gatien, pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous décrire ton parcours ?

Suite à un Master à l’ESC Lille (aujourd’hui SKEMA Business School) j’ai décroché un stage puis un CDD en Web Marketing chez Asia Inspection où j’ai découvert l’univers du web. Puis j’ai été accueilli en CDI en SEO au sein l’agence Inspirational Stores qui s’occupait notamment du site e-commerce Motoblouz.com (leader dans la distribution d’équipements et d’accessoires deux roues en ligne).

Là j’ai eu la chance de me voir offrir une formation privilégiée d’un an avec un consultant SEO senior – j’ai nommé Monsieur Laurent Bourrelly himself – et qui avait comme mission de m’accompagner sur les différentes problématiques rencontrées tout en me transmettant son savoir afin que je devienne autonome. Il a réussi m’inoculer le virus du SEO et j’ai voulu continuer dans cette voie tout en gardant un œil sur les autres leviers d’acquisition ainsi que sur le produit.

J’ai ensuite été recruté par Figaro Classifieds lors d’une session de speed-recruiting SEO organisée par le SEO Camp, pour travailler sur le référencement des sites d’annonces de la verticale Emploi et Formation du groupe : Cadremploi, Keljob, Kelformation, Figaro Étudiant.

Enfin depuis 2013 j’occupe la fonction de Responsable SEO au sein du groupe Car&Boat Media, leader dans le secteur des annonces automobiles avec La Centrale et de l’éditorial avec Caradisiac. Mais le groupe comprend également d’autres sites comme Annonces du Bateau, Forum Auto (plus grande communauté automobile francophone) et récemment Promoneuve sur le segment VN (Véhicule Neuf).

Quelles sont tes missions au sein de ton entreprise ?

Elles sont très variées comme on peut s’en douter pour tout SEO « in-house » tant le périmètre est large. La première c’est bien sûr la définition de la stratégie SEO pour chaque site du groupe. Ensuite viennent les recommandations techniques et fonctionnelles que je transmets aux Product Owners avec qui on priorise les tâches avant de les confier aux équipes IT. Tout est constamment mesuré et on regarde l’impact des optimisations sur les KPI qu’on a défini en amont afin de piloter l’activité par la data et non par l’intuition.

La Centrale jouissant déjà d’un bon positionnement dans les moteurs, la majeure partie des efforts est aujourd’hui consacrée à consolider ce trafic tout en faisant évoluer le site (refontes graphiques et ergo, passage en responsive design, mises à niveau techniques, etc.). La dette technique peut parfois être importante pour un site dont les débuts remontent à l’an 2000.

Mais le travail ne s’arrête pas aux recommandations, il faut ensuite mettre en œuvre les actions de suivi (allers-retours, ajustements, tests) jusqu’à la mise en production finale – et parfois un nouveau test en production.

C’est en cela qu’il diffère de celui d’un consultant : l’accompagnement des projets de A à Z est très important et l’environnement agile fournit un cadre propice à cela.

Il y a aussi de façon non exhaustive l’accompagnement éditorial auprès des équipes de journalistes, la sensibilisation au SEO en interne, le reporting SEO en lien avec les Web Analysts, le suivi du positionnement sur Google, le monitoring du crawl via l’analyse des logs et également la veille qui reste primordiale.

Tes pratiques SEO ont-elles évoluées depuis Panda, Pingouin et les autres animaux du zoo ?

Pas tellement car je n’ai jamais cédé aux sirènes du black hat ou du link-building à outrance. Il y a trop d’enjeux humains et économiques pour que je m’expose à court, moyen ou long terme à une pénalité Google. Il faut dire aussi que travailler pour des sites qui ont des moyens humains et financiers conséquents permet plus facilement de faire du référencement durable et de résister à l’envie de prendre des raccourcis.

Il a quand même fallu s’adapter avec des politiques moins agressives de netlinking entre sites du même groupe ou bien par exemple mettre un frein sur les textes davantage Google que User-friendly sur les pages à rendement. Le SEO est devenu plus subtil et surtout plus centré sur l’utilisateur.

L’analyse de logs a également fait son apparition dans l’arsenal du référenceur. On sait exactement où et quand Google passe et ce qu’il voit lors de sa visite. C’est un formidable outil pour l’optimisation et le monitoring, bref il est déjà indispensable.

Quel est selon toi le talent indispensable à un SEO in-house ? 

La patience ! Non je plaisante je dirais plutôt l’empathie. Il faut réussir à comprendre quels sont les intérêts et les contraintes des différents acteurs pour mieux adapter le discours. On ne s’adresse pas de la même façon à un développeur, un journaliste ou à un membre de la direction car ils n’ont pas la même vision du SEO. Il faut donc être pédagogue et toujours arrondir les angles pour faire passer les choses en douceur et surtout savoir quand insister et quand s’incliner.

C’est bien aussi de comprendre le mode de fonctionnement des développeurs et des intégrateurs, car cela permet d’anticiper leurs actions et d’aller au-delà de la recommandation fonctionnelle. Il faut souvent émettre des préconisations sur le COMMENT en plus du QUOI – et du POURQUOI. Sur ce point pas de secret : un petit bagage technique et du vécu peuvent faire la différence quand il s’agit d’éviter les mauvaises surprises.

Par exemple : demander à faire passer des paramètres de formulaire en POST plutôt qu’en GET (i.e. avec les paramètres en dur dans l’URL) pour éviter de générer des pages à la volée et du contenu dupliqué par la même occasion.

Combien y a-t-il de journalistes dans l’entreprise dans laquelle tu travailles ? Es-tu en contact régulier avec eux ?

La rédaction de Caradisiac compte une dizaine de journalistes fixes et nous travaillons également avec un pool de rédacteurs et d’experts spécialisés dans l’automobile. En moyenne c’est 150 articles qui sont mis en ligne chaque mois sur le site, avec une forte présence dans Google Actualités.

Je suis en contact régulier avec eux notamment en période de salon auto, même si les sites d’annonces m’accaparent beaucoup et m’empêchent de leur consacrer autant de temps que je le souhaiterais. Les rédacteurs externes n’étant pas présents physiquement dans les locaux, il est malheureusement plus difficile de les accompagner.

Comment se passe votre collaboration ?

La collaboration est bonne même si j’aimerais pouvoir passer plus de temps sur la partie éditoriale. Ce sont des experts du monde automobile qui connaissent parfaitement leur métier et ils savent que je travaille pour le bien du site donc un respect mutuel s’est vite installé. Je n’interviens que lorsque c’est nécessaire. Certains réflexes sont bien là, pour d’autres il faut faire des rappels de temps en temps.

Après c’est vrai que la plupart des journalistes fixes à la rédaction ont commencé dans le print et même si cela fait longtemps qu’ils évoluent dans le web, il y a forcément des points d’accroche de temps en temps. D’autant que les bonnes pratiques d’aujourd’hui ne sont pas forcément celles d’hier et ils me font souvent remarquer que certains de mes conseils sont différents (voire à l’opposé) de ce qu’on leur avait dit jusque-là. Mais cela me semble normal, sain même car cela montre qu’ils tiennent à leur intégrité et qu’ils ne se sont pas prêt à tout sacrifier sur l’autel de l’optimisation pour les moteurs de recherche. Je respecte ça.

Prendre en compte le référencement, quel impact cela a-t-il sur le travail des journalistes ?

Longueur des articles, rythme et horaire de publication, titraille, calendrier éditorial et marronniers, maillage interne, ajout d’articles connexes, mises à jour de contenus, voici la plupart des points sur lesquels nous travaillons.

Les journalistes sont d’autant plus sollicités que nous n’avons pas de système de maillage automatique dans le corps des articles. Tout est fait à la main, c’est aussi une question de qualité éditoriale.

La titraille est le point le plus sensible car il cristallise à la fois les enjeux SEO et les aspirations éditoriales. Il faut trouver le juste milieu entre optimisation et accroche du lecteur tout en respectant les contraintes de longueur, c’est tout un art.

En revanche la densité mot-clé au sein d’un article est quelque chose sur quoi je ne communique plus, car j’estime qu’il vaut mieux laisser faire pour avoir un résultat user-friendly (et donc Google-friendly par extension). Qui plus est ce genre d’incitation se révèle souvent contre-productive car elle peut engendrer de la sur-optimisation.

Quels sont les plus grands défis auxquels tu aies été confronté ?

Le passage en responsive design pour les sites du groupe afin de répondre à la montée du multi écrans. C’est très lourd pour des sites à l’historique aussi important et aujourd’hui je suis fier car nous avons quasiment achevé la transition mobile sans qu’il y ait de conséquences néfastes pour le trafic SEO, au contraire même.

Également la mise en place des outils de pilotage et de monitoring du SEO car il n’y en avait pas à mon arrivée chez Car&Boat Media excepté celui de Web Analytics. Aujourd’hui nous disposons d’une palette d’outils efficaces en matière d’analyse de logs, de suivi du positionnement et des backlinks, ce qui nous permet d’y voir plus clair pour prendre des décisions.

Quelle est la problématique SEO la plus complexe à gérer dans ton secteur d’activité ?

La priorisation. Il y a toujours énormément de chose à faire et tous les sites méritent des optimisations. Il faut donc jongler entre les priorités et faire des choix systématiquement. La difficulté est de réussir à pondérer en fonction des enjeux économiques et du degré d’urgence SEO.

Quels sont tes outils préférés, ceux que tu utilises au quotidien ? 

– Screaming Frog SEO pour tester notamment les redirections en cas de migration

– Ahref pour le suivi backlinks

– Ranks pour le suivi du positionnement

– Botify pour l’analyse de logs

– SearchStatus (Extension navigateur)

– HeadingsMap (Extension navigateur) pour avoir une vue rapide de l’arborescence hn d’une page

– Seerobots (Extension navigateur) pour visualiser les meta (no)index, (no)follow sans rentrer dans le code source

– Link Gopher (Extension navigateur) pour extraire facilement tous les liens d’une page web avec la possibilité de les filtrer

Retrouvez Gatien sur le web :

Blog : http://www.slow-lab.com/

Twitter : @gaujay

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