Rachat d’Associated Content par Yahoo! : la machine à référencement ultime ?

Les usines à contenu vont t’ils bientôt dominer les audiences ?

Publié le 20/06/2010 à 09:11 par - Mis à jour le 20/09/2016 à 15:09

 

Yahoo! a annoncé il y a peu le rachat d’Associated Content pour 100 M de dollars. Qu’est ce qu’Associated Content ? Tout simplement une méga usine à création de contenu : 380 000 contributeurs, 6 000 sujets couverts, 50 000 articles produits et 16 M de VU par mois (ComScore)… Ca donne le tournis !
C’est surtout une formidable machine à référencement. Standardisation des contenus, visibilité nulle pour la chronique, le sujet original ou le dossier de fond : l’avenir du contenu média en ligne se joue sans doute en partie en ce moment.

 

Du contenu « Trend Oriented »

Carol Bartz, la CEO de Yahoo est très claire sur le sujet, l’objectif est de produire du contenu qui correspond aux attentes des internautes mais surtout des publicitaires : « Together, we’ll create more content around what we know our users care about, and open up new and creative avenues for advertisers to engage with consumers across our network. »
Je ne sais pas si l’on peut alors encore parler de journalisme, mais ce qui est certain, c’est que du contenu produit en fonction des trending topics et des contraintes SEO vont casser la baraque sur Google Actualités…

On le sait, sur Google Actualités, ce sont les contenus qui correspondent aux trending topics qui remontent le plus efficacement : on risque donc de se retrouver avec une suprématie « usines à contenu » sur ce portail, et sans doute sur d’autres agrégateurs de news.

Lorsque l’on sait que tous les grands groupes médias ne peuvent plus aujourd’hui se passer de Google Actualités, ça risque de faire mal, très mal… Fort logiquement, c’est la presse magazine en ligne et les sites éditoriaux qui vont en pâtir le plus, en particulier ceux consacrés aux thématiques féminines et loisirs.

A moins qu’il ne se lancent dans cette course en utilisant eux aussi les services des usines à contenu. Et c’est ce qui semble se dessiner quand on lit qu’Hachette Filipacchi et USA Today ont déjà signé des accords avec Yahoo!…

 

Une standardisation des contenus

Avec l’avènement des portails de news, on avait déjà cette standardisation de l’info, pré mâchée, rebattue, avec des sujets identiques partout et sur tous les supports web. Avec la course à l’audience, cela ne fait que s’amplifier et le référencement en est en grande partie responsable. Des outils comme Google Insights ou Trends sont une aide formidable pour savoir quels sont les sujets recherchés par ma cible. Le problème, c’est que si l’on n’écrit qu’en fonction de ces outils, on ne sort jamais des sentiers battus, on ne produit rien, on recopie éternellement presque la même chose.
Et nous, référenceurs, avons tendance à conseiller exactement ça aux rédacteurs qui sont en face de nous.

Pourtant, l’info décalée, l’angle, le style, la polémique, ça marche aussi en terme d’audience, et parfois extrêmement bien. Mais c’est moins facile. Et surtout… plus coûteux !

 

Une info Low Cost

Dans cette optique, le papier « sorti tout optimisé SEO de la tête de Zeus du freelance », comme le propose Yahoo!, c’est tout simplement hyper rentable ! Plus encore si on peut faire payer un annonceur pour du « placement produit » dedans…

Alors les référenceurs, bientôt coupables de tromperie sur la marchandise ? Ca se pourrait bien…
Car l’objectif est clair : plus de trafic pour moins cher. Mais… c’est pas un peu ça la « bouillie à moteurs », le scraping et le content spinning au final ?
Si les sites de contenu deviennent spammeurs à leur tour, l’info pertinente deviendra bientôt introuvable, noyée dans un océan de contenu dupliqué.

 

Vers une info à deux vitesses

On s’achemine vers une info à deux vitesses :
– L’info gratuite, low cost, sans analyse, singularité ni originalité, sacrifiée sur l’hôtel des revenus publicitaires et de l’audience pas chère.
– L’info payante, coûteuse à produire mais analysée, produite par de véritables journalistes, avec du style, de l’angle, du recoupement, une valeur ajoutée.

Après la fracture sociale et la fracture numérique, ce sera peut être demain la fracture informationnelle. Ca fait peur…

A lire aussi sur ce sujet, un article d’Alice Antheaume : Et si les journalistes n’écrivaient que ce que les lecteurs lisent ?

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1 Commentaire (s)

DSampaolo

J’ai bien peur que l’appauvrissement de l’information ne fasse partie d’une tendance générale. On voit la même chose avec la télévision, mass media par excellence : quelques chaînes « culturelles » (et encore) délaissées par le public, et des chaînes « divertissement » avec des contenus peu profonds et plus faciles à produire, qui connaissent de grosses réussites commerciales. Nivellement par le bas…