AuFeminin.com : « Le contact avec la rédaction est quotidien »

Publié le 06/10/2010 à 00:38 par - Mis à jour le 14/04/2016 à 09:06

Étape n°3 de notre série d’interviews sur les rapports entre journalistes et référenceurs, Café Référencement accueille aujourd’hui Aurélie Moulin, qui assure le référencement du leader web français sur la thématique féminine : AuFeminin.com.
AuFeminin.com, c’est avant tout une machine à SEO infernale avec des forums hyper actifs et puissants et un énorme volume de nouveaux contenus chaque jour (en partie éditorial et en partie UGC).
Les positions du site sur l’ensemble de la thématique sont tout bonnement incroyables et même si la concurrence est multiple et féroce, le leader semble durablement inatteignable. Chapeau bas !

Je pensais, sans doute naïvement, que le travail d’un référenceur était plus facile chez un PurePlayer média que sur un site issu de la presse papier car les journalistes y seraient plus « web natives ». Mais à lire les réponses d’Aurélie, on se rend compte que la réalité est tout autre…

 

Mini CV

Nom : Moulin
Prénom : Aurélie
Titre : Responsable Acquisition Audience chez AuFeminin.com
Site : Aufeminin.com
Twitter : SEOheartsme

 

Peux-tu nous présenter ton cursus, ton parcours et ce que tu fais actuellement ?

J’ai fait une Maitrise d’Etudes Cinématographiques, puis un DUT Information-Communication, option Documentation d’Entreprise. Je suis arrivée sur le marché en 2000 à l’heure de l’explosion de la bulle internet, et fort heureusement juste avant son implosion (cf la crise sévère de 2001-2002). Quelques années en agence de Référencement pour faire du SEO exclusivement, un détour par entrepreneuriat pour le côté aventure, avant de revenir en agence pour faire du SEM chez Resoneo , pour enfin passer de l’autre côté du spectre et œuvrer pour le « client » chez auFeminin.com il y a 2 ans et demi maintenant.

 

Au cours de ton cursus, as-tu été formée au référencement et à l’écriture web ?

Pas du tout, études littéraires et artistiques à la base puis Documentation d’entreprise comme spécialisation professionnelle. Les formations universitaires en Référencement arrivant seulement maintenant, en 1999 on apprenait à classer des livres avec la Classification Décimale de Dewey, créer des thésaurus et créer des bases de données sous Access 🙂 C’est cette formation de base là qui m’a orientée vers le référencement, car pour référencer un site dans un annuaire de recherche (Yahoo, Voilà, Lycos…) il fallait savoir où classer un site web.

 

Quelle est ta première rencontre professionnelle avec les journalistes ?

Chez AuFeminin.com, mes précédentes expériences de référencement étaient plutôt sur des sites e-commerce, et même s’il arrivait que je travaille avec des portails médias, les interlocuteurs que j’avais étaient souvent le Directeur (Web)Marketing, le Directeur Technique, etc.

 

As-tu été formée au référencement par l’entreprise qui t’emploie (ou par ton ancienne entreprise ?)

Non, sur le tas par mes anciens collègues dans ma première boite, feu Fenomen.net : Renaud Joly et François Painblanc et Stéphane Marec,  que je salue au passage !

 

Combien y a-t-il de journalistes dans l’entreprise dans laquelle tu travailles ? Es-tu en contact régulier avec eux ?

Une vingtaine de journalistes, la rédaction fait également appel à des pigistes. Le contact avec la Rédaction est quotidien, il s’agit de leurs donner les meilleures armes pour choisir sur quoi écrire, comment aborder le sujet, et l’optimiser de manière à ce qu’il soit parfaitement référencé.

 

Comment se passe votre collaboration ?

La collaboration se passe bien : elle a évidemment été difficile au départ car si l’approche est mal présentée, le journaliste pensera qu’on lui coupe les ailes en lui enlevant la liberté de choisir le thème de ses contenus et lui suggérer/demander d’optimiser le titre de son article, de faire apparaître le mot clé dans son contenu, d’aller faire des liens depuis ses anciens articles vers ce nouvel article, de réfléchir à comment et où le teaser sur le site, c’est évidemment leurs demander d’acquérir des compétences autres que celles qu’ils ont appris à l’école (bien que pour les plus jeunes le sujet SEO soit abordé lors de la formation, rien ne vaut la pratique en situation réelle !)

 

Prendre en compte le référencement, quel impact cela a-t-il sur leur manière d’écrire ?

Pour les raisons expliquées plus haut oui, cela a forcément un impact. Mais toutes les questions de base à se poser quand on écrit un article (que ce soit pour le web ou pas) restent toujours les mêmes : le fameux QQOCPQ (Qui ? Quel ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Quand ?) est plus que jamais d’actualité. Mais cela doit vraiment être considéré comme une aide pour que les contenus rédigés soient lus. N’est-ce pas la vocation d’un journaliste que d’écrire afin d’être lu ? C’est la plus belle des récompenses que de constater que son article a généré x visites sur le site, fait x pages vues et suscité x commentaires. Le SEO est la meilleure arme d’un journaliste sur le web aujourd’hui pour remplir ses objectifs d’audience, développer sa notoriété, entretenir son égo au passage 😉

 

As-tu pu mesurer les effets positifs du travail mené en commun avec les journalistes avec lesquels tu as pu travailler ?

Évidemment oui, mais cela va au-delà de la simple bonne position dans Google. Sur AuFeminin.com nous n’avons rien à vendre à nos internautes, on ne mesurera donc pas notre succès au nombre de commandes ni au panier moyen mais au nombre de pages vues générées. Le taux de rebond sur nos pages de contenu est donc un critère important que les journalistes maitrisent. Quel format éditorial performe le mieux ? Une internaute qui cherche comment faire un chignon se satisferait-elle d’une fiche texte sur comment le faire ou ne vaut-il pas mieux lui proposer une vidéo pratique ?

Et puis pour aller plus loin, il faut aussi s’intéresser à d’autres KPI : le nombre de souscriptions aux newsletters, la création d’espaces perso, le post de messages dans nos forums… Un journaliste web aujourd’hui ne fait pas qu’écrire des articles toute la journée, c’est bien plus riche et passionnant que ça.

 

Est-ce facile de travailler avec les journalistes ?

A partir du moment où nous avons les bons arguments et que ce que nous demandons apporte des résultats concrets, il n’y a pas de problème.

Fort heureusement nous n’en sommes plus à défendre notre position de référenceur pour justifier la nécessité de prendre en compte x critères lorsqu’on entreprend la rédaction d’un contenu. Mais nous avons encore du chemin à faire : si le référencement était seulement l’optimisation des titres des articles, notre métier serait facile.

 

Qu’est ce qui t’énerve le plus chez les journalistes ?

« Je suis journaliste, pas référenceur ! » ce genre de remarques je l’ai entendu x fois, ce n’est pas évident de faire comprendre qu’un bon rédacteur web est « un journaliste + un référenceur » réunis en une seule personne. Je me demande à quel point le journaliste dit « papier » se préoccupe de savoir si son article est lu, si le journal/le magazine se vend bien… Quand le lecteur achète un journal, le journaliste ne saura jamais si son article en page 45 a été lu ou non, en entier ou partiellement. La magie d’être publié sur le net est d’avoir les outils qui permettront de savoir si l’article est lu, jusqu’à la fin (lorsqu’il est publié sur plusieurs pages ou simplement avec le scrollview), si un article écrit il y a 3 ans continue d’être lu aujourd’hui. Internet c’est magique, on peut tout savoir ou presque, ça devrait être excitant pour un journaliste, non ?

 

Une anecdote à raconter ayant trait au référencement ?

La suite de la citation plus haut : « Je suis journaliste, pas référenceur ! Demain on me demandera d’aller vendre des ordinateurs pour que les internautes lisent mon article ». Voilà, tout est là 🙂

 

Un truc à ajouter ?

Le référencement d’un site média est vraiment passionnant. Là où mes confrères et consœurs se battent pour augmenter le nombre de commandes, le montant du panier moyen, le ROI… mon objectif à moi est d’augmenter les visites, les VU, le ratio pages vues / visites, faire connaître la marque sur tous les contenus qu’elle a offrir. Et on référence du texte, des images, des vidéos, des news, l’environnement est très riche, on apprend tous les jours, tous ensemble !

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19 Commentaire (s)

Jean-Philippe

Excellente interview ! et je trouve qu’Aurélie parle avec fraicheur de son métier. Tout évolue et il faut toujours rester ouvert aux nouvelles tendances. Je pense que cet article est à lire par tous ceux et toutes celles qui veulent se lancer dans l’écriture web.

…ahem, je devrais en prendre de la graine d’ailleurs. 😉

LaurentB

Très sympa cette série d’interviews.
Mon sentiment est sûrement biaisé par les journalistes que je connais personnellement, mais ils prennent tout de même un ordinateur pour l’équivalent d’une machine à écrire numérique et rien de plus.
Peut-être que la nouvelle génération (que je connais moins) est plus « techno aware »…

Jori

Coucou Aurélie 🙂

Super interview, on imagine le combat au quotidien avec les ââârtistes écrivains fiers de leur oeuvre, mais sans se préoccuper de si il sera lu… à l’inverse, est ce que ne servir dans sa publication uniquement que ce le public demande ne risque pas d’appauvrir en contenus la publication, pour n’en faire plus qu’une coquille commerciale vide?

Vincent Mazelly

Journaliste de formation ayant migré depuis quelques années vers le SEO, je suis ravi de voir que cette problématique reste plus que jamais au coeur des débats.

Enfin, coup de chapeau à tous ceux qui bossent dans les sites média pour que le contenu devienne enfin r.o.i 😉

Aurélien

Bonne interview sur la relation SEO / Edito.
Dommage qu’on n’en sache pas plus sur la stratégie SEO pure de Auféminin.com 🙂

Daravy

très bon interview ! la phrase fétiche des journalistes « Je suis journaliste, pas référenceur ! » que du vrai !

    Virginie Clève

    Daravy oublie de dire qu’elle bosse chez Mondadori (Closer, Grazia, Télé Poche, Top Santé, etc.) 🙂

David Durand Pichard

Tellement vrai le décalage classique entre SEO et éditos. Et pourtant, pas de visite = pas de pub/revenus = pas de moyens, etc …

La bonne nouvelle est quand une équipe s’implique dans la vie et l’audience de son site 😉

Aurélie M.

@LaurentB + @Daravy : on parle le même language, on vit dans le même monde 🙂

@Jori :)) Je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est le risque effectivement de ne devenir qu’un Wikipedia ou un Comment ça marche : si c’est super efficace en SEO, la pauvreté journalistique du contenu éditorial est criarde et a valeur de repoussoir pour l’internaute avide de qualité. Mais ces derniers sont-ils la majorité ? Qu’en est-il des lectrices de la presse féminine -sans sexisme aucun puisque je suis une femme ? Et comment trouver la juste mesure ? Passionnant !

@Aurélien : la clause de confidentialité est un peu notre serment d’Hippocrate, non ? 😉

Aurélie M.

Langage… grrrr Je suis encore dans mes révisions pour le TOEIC de ce matin

jpcasti

Bravo, je reconnais les difficultés que l’on rencontre avec nos journalistes et rédacteurs français, j’irais même jusqu’a rajouter : imaginez la problématique quand ces mêmes équipes sont à l’étranger avec différentes langues, moeurs et techniques…Un vrai casse-tête :), mais au final seuls les résultats du nombre de visiteurs comptes puisque cela paye la pub…Le risque jouer le buzz en surface et oublier le fond (idem que la crise concernant le journal papier : 20 minutes…Etc.).Notre chance les dossiers importants sur des dossiers sérieux vont renforcer nos positionnements…,donc nos visiteurs OUFF merci Google :).

Daravy

@Aurélie : pour moi ça n’est que le début chez Mondadori. Mais pour l’avoir vécu dans un autre groupe, c’est un plaisir d’accompagner les rédactions web. Il y a du challenge à relever dans tout ça. Convaincre, par les résultats, et créer le déclic chez les journalistes web pour arriver à ce que dit David D.P.

Renaud JOLY

Bravo Aurelie.
Une belle reussite chez Aufemnin, le SEO est passionnant sur un portail de cette taille et je pense que ca te va bien ;-).

Gwaradenn

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en se mettant d’accord, en expliquant calmement aux journalistes pourquoi et comment le faire, les stats explosent et c’est un bonheur analyticien.
Très bon interview, d’autant plus qu’un lien pointe vers Qualitrafic. 🙂

Guib

Bon interview qui aborde l’ évolution de la relation Journaliste/Référenceur. Et qui plus est dans le bon sens.

« La magie d’être publié sur le net est d’avoir les outils qui permettront de savoir si l’article est lu, … , si un article écrit il y a 3 ans continue d’être lu aujourd’hui. »

J’avoue que ce retour me passionne également. Quoi de plus sympa que de voir un article continuer d’être lu et parfois commenté plusieurs mois voir plusieurs années après avoir été mis en ligne.
Bon ok, il y a un peu d’ego la-dedans mais est-ce si grave docteur ? 😉

Jice

Salut Virginie, je viens de découvrir ton blog, et je suis conquis. Articles très complets, et qui sortent un peu des « techniques » seo qu’on croisent sur quasi tous les blogs du monde SEO.

@ Aurélie : bonne chance pour le toeic, et bonne continuation pour les qutres sites 😉 (hum, tu vois, moi aussi suis en mix Fr/En … alala, ces claviers)

A plus,
Jice (ps : ça part sur Facebook pour le coup ;-D)

Eve

Oui, comme vous dites Aurélie : trouver la juste mesure entre créativité de l’écriture et SEO, c’est passionnant !

Sur le sujet « Quel format éditorial performe le mieux », je vous conseille la lecture de cet article topissime lu dans owni :
http://owni.fr/2010/10/27/ecrire-pour-le-web-cest-la-structure-imbecile/

Réflexion émaillée de références sur la structure narrative web et la place centrale des liens. Là où SEO et écriture web fusionnent, pour le meilleur…

Merci pour l’interview, Virginie.

Philippe

C’est vrai que c’est super de mettre le titre de l’article en hidden en haut de la page par exemple. Félicitations.

Vincent

Très interessant comme article, ca aurait été encore plus chouette si il y avait plus de détails. Es vous qui choisissez les articles que les journalistes écrivent ? Ecrivent-ils les titres ? Leur transméttez vous les requêtes visez ? Faîtes vous une mini étude des mots-clés avant que le journaliste n’écrive l’article etc…