Le Figaro.fr : « On est jamais formé au SEO une fois pour toutes »

Publié le 20/10/2010 à 12:42 par - Mis à jour le 14/04/2016 à 09:06

Dernière interview de cette série sur les rapports entre journalistes et référenceurs, Café Référencement accueille aujourd’hui Michaël Vuillaume, qui est responsable du référencement et des WebAnalytics pour le groupe Le Figaro.
Le Figaro.fr, pour ne parler que de lui, ce sont plusieurs centaines de milliers de pages indexées, 50 journalistes qui produisent de nouveaux articles par centaines chaque mois, et une nécessité d’être référencé non seulement sur Google « classique », mais bien évidemment dans toutes les facettes de la recherche universelle.

Il faut donc être partout en même temps, tout voir, répondre aux questions sans oublier de veiller constamment. Un challenge pas si simple à relever…

 

Mini CV

Nom : Vuillaume
Prénom : Michaël
Titre : Chef de projet Marketing trafic
Site : Le Figaro.fr

 

Peux-tu nous présenter brièvement ton cursus, ton parcours et ce que tu fais actuellement ?

J’ai fait une école de commerce, le CERAM à Sophia-Antipolis (aujourd’hui SKEMA), où j’ai eu un Master en Management spécialisation e-business en 2003. J’ai commencé à travailler en tant que consultant SEO et Web Analytics en 2006, en agence. Je travaille pour le Figaro depuis 2009. Je m’occupe du référencement naturel et du suivi statistique de quelques sites du Groupe (Le Figaro, mais aussi Sport24, TV Mag et le Journal des Finances entre autres). Tout au long de mon parcours, j’ai toujours réussi à garder les deux casquettes, SEO et Web Analytics, et c’est ce qui me plait car j’ai toujours trouvé les deux métiers très complémentaires, même si ça multiplie le travail par deux.

 

Au cours de ton cursus, as-tu été formé(e) au référencement et à l’écriture web ?

J’ai été formé à l’écriture web comme on pouvait l’être au début des années 2000 : faire des phrases courtes, et des pages pas trop longues. Quant au référencement, je me souviens d’avoir eu un cours d’une heure dessus, très théorique et sans trop rentrer dans le détail. Rien à voir avec, j’imagine, la formation que l’on pourrait donner sur le sujet aujourd’hui.

 

Quelle est ta première rencontre professionnelle avec des journalistes ?

Quand je suis arrivé au Figaro, on m’a présenté à toutes les Business Units, et j’ai donc naturellement été présenté aux journalistes. Cependant, ma toute première mission ayant été concentrée sur le déploiement du nouvel outil de Web Analytics, je n’ai pas commencé immédiatement à parler SEO avec eux. En revanche, quand j’ai pu commencer à m’y atteler, je suis retourné les voir pour qu’ils me montrent la façon dont ils travaillent.

 

As-tu été formé(e) au référencement par l’entreprise qui t’emploie (ou par ton ancienne entreprise ?)

Comme beaucoup de professionnels du SEO, j’ai été formé « sur le tas » : c’est la toute première agence pour laquelle j’ai travaillé qui m’a permis d’apprendre ce métier, et celles qui ont suivis m’ont permis d’en apprendre plus. On est jamais formé au SEO une fois pour toutes : la veille est capitale, et j’ai la chance de travailler pour un Groupe où le SEO intéresse beaucoup de monde. Il n’est pas rare qu’un collègue de l’équipe Marketing, mais aussi un journaliste ou un membre de l’équipe technique ne m’envoie un lien vers un article SEO. Ca me permet d’en discuter avec lui, et de voir comment l’appliquer aux différents sites du Groupe.

 

Combien y a-t-il de journalistes dans l’entreprise dans laquelle tu travailles ? Es-tu en contact régulier avec eux ?

Tous sites confondus, il y a une cinquantaine de journalistes web, et je suis en contact régulier avec eux, ainsi qu’avec la plupart des membres de l’équipe de rédaction (rédacteur en chef, chargés d’éditions, etc.).

 

Comment se passe votre collaboration ? Prendre en compte le référencement, quel impact cela a-t-il sur leur manière d’écrire ?

On a trois situations « type » de collaboration :

– au jour le jour pour un suivi des sujets abordés (lorsqu’ils ont un doute sur les mots utilisés pour un titre d’article ou des données d’audience à suivre sur une thématique)
– une à deux fois par mois pour mettre en œuvre des « expériences SEO »
?– une fois par trimestre pour des formations autour du SEO

Mais j’avoue qu’en pratique, les urgences quotidiennes nous empêchent parfois de tenir ce planning.

De mon point de vue, leur façon de prendre en compte le référencement a finalement assez peu d’impact sur le travail de « journaliste » à proprement parler : si on y regarde de plus près, les règles des moteurs de recherche au niveau sémantiques sont exactement les mêmes que celles qu’ils connaissent déjà sur « comment écrire pour le web ». La pyramide inversée, les 5W pour ne citer que celles-ci, ils les appliquent déjà très bien.

Ce que je leur apporte, ce sont mes connaissances sur les règles qui permettent aux articles ou aux images d’être indexées sur les moteurs de recherche, ainsi que les règles sur le linking. Mais je n’essaie jamais d’écrire des articles à leur place : c’est ce qui fait que nos collaborations autour du SEO sont productives, et qu’on obtient de bons résultats.

De plus, derrière un site comme Le Figaro ou les autres dont je m’occupe, on a une ou plusieurs infrastructures qui comprennent des rédacteurs mais aussi des équipes techniques. Ceci devient d’autant plus compliqué que les supports de l’information ne cessent de se multiplier. En tant que responsable du SEO au sein du Groupe, je dialogue donc autant avec les équipes techniques qu’avec les journalistes.

 

As-tu pu mesurer les effets positifs du travail mené en commun avec les journalistes avec lesquels tu as pu travailler ?

On mesure les effets du SEO avec la rédaction tous les jours, à travers nos positions sur Google et les autres moteurs de recherche, et le trafic que ces positions nous apportent.

Mais le SEO ne concerne pas que les journalistes : c’est un sujet qui intéresse tout le monde, notamment les équipes techniques. Nos points SEO ne sont donc pas adressés qu’aux équipes de la rédaction, mais à l’ensemble des responsables du Groupe : tout le monde est impliqué et va dans le même sens.

 

Est-ce facile de travailler avec les journalistes ?

Ils sont toujours très ouverts et réceptifs aux propositions que je peux leur faire. Je pense qu’ils ont bien compris que je ne veut pas dénaturer leur travail, mais leur offrir la possibilité d’être lu par un plus grand nombre d’internautes, et c’est la raison pour laquelle tout se passe bien.

Parce que toute la nuance est là : je ne leur dit pas ce qu’ils doivent écrire ou comment l’écrire, je ne leur donne que les moyens pour être lus par un plus grand nombres. Et comme, pour l’instant, à chaque fois que j’ai pu le faire, cela s’est avéré très efficace, ils sont gagnants.

 

Qu’est ce qui t’énerve le plus chez les journalistes ?

Les sites médias sont caractérisés par la diversité des contenus qui peuvent être produits, sur des sujets très différents, et toute la journée. Du coup, c’est assez difficile d’être partout à la fois, sans compter mon autre « casquette » Web Analytics, qui demande beaucoup de réactivité. Alors j’avoue que, parfois, j’aimerai que l’actualité aille un peu moins vite…

 

Une anecdote à raconter ayant trait au référencement ?

Toutes les semaines, en même temps que les statistiques d’audience, je fais aussi un point sur les mots-clés qui nous ont amenés le plus trafic. Et il arrive parfois que ce trafic soit apporté par des mots clés plutôt inattendus.
Ainsi, il y a 15 jours, un des mots clés qui nous avait apporté le plus de trafic était « j’aime que ce soit ». Un journaliste avait écrit un article sur ce statut Facebook, et nous étions un des seul grand site de médias à avoir traité le sujet.
Quand je tombe sur ce genre de mot clé, je communique ces résultats à l’ensemble des équipes. Cela me permet à la fois de rendre le SEO plus sympathique, mais aussi de montrer concrètement combien de visites a pu générer un mot comme celui-ci.

 

Un truc à ajouter ?

Au cours de mes différentes expériences professionnelles, j’ai parfois rencontré des situations où le SEO était devenu la « bête noire » de tout le monde. Personne ne voulait en entendre parler, que ce soit à la technique ou du côté des responsables de la production de contenus.

Quand un expert SEO arrive quelque part, et à plus forte raison chez l’annonceur, il ne doit pas arriver avec ses idées toutes faites : il faut d’abord comprendre comment les différentes BU s’organisent, pour savoir où intervenir et comment. Selon moi, un bon responsable SEO ne sera pas celui qui arrivera à faire progresser les choses tout seul dans son coin, mais celui qui aura réussi à sensibiliser toute l’entreprise à ses problématiques. Parce qu’on fait du SEO pour les mêmes raisons qu’on fait un site internet : pour les internautes.

A voir ou à revoir, l’interview de Michaël au SEO Camp’us 2010

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7 Commentaire (s)

Jeremy Broutin

Merci beaucoup pour cette interview. Pouvoir avoir un aperçu de la vie quotidienne d’un référenceur au sein de ses équipes est très intéressant, et alléchant à la fois !

Gwaradenn

Je ne pouvais pas ne pas commenter, surtout avec une telle capture d’écran, c’est fait exprès?
Plus sérieusement, c’est sympa d’avoir un impact direct sur les journalistes, on le voit avec tes conseils sur l’article « je l’aime sur » de Facebook.

Alexandre @eurodaaf

Super interview, ce couple SEO/journalistes est d’une complexité passionnante.
« on fait du SEO pour les mêmes raisons qu’on fait un site internet : pour les internautes… »

>>> Il y a tout de même de fortes contradictions entre optimisations SEO/G.O et expérience utilisateur…

    Virginie Clève

    @Alexandre : il n’y a pas de raison qu’il y ait de contradiction entre le Google Friendly et l’expérience utilisateur. D’ailleurs, ergonomie et optimisation SEO vont souvent dans le même sens, c’est bien rare qu’ils se contredisent.

Alexandre @eurodaaf

@largow : je trouve ça un peu utopique….
Après, le contenu produit n’est pas le même entre un journaliste et un e-commerçant..

Ex : même si ce n’est plus le sujet original…
« Jeans Diesel, Jeans Le Temps des Cerises, Jeans Kaporal – Fashion … »

Je me demande si cette répétition est « user » ou « Google friendly » …

    Virginie Clève

    @Alexandre : ce n’est pas parce qu’il y a des référenceurs bourrin qui font du keyword stuffing que cela veut dire que c’est une bonne pratique et qu’on ne peut pas faire mieux ou autrement…

Ben-J

« tout le monde est impliqué et va dans le même sens »
Le rêve 😉